Interférence TrendPulse


Loïc Waegeli


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Aric, d'un rapide clic de souris, établit la dernière connexion sur la carte bleutée du monde, couverte de points indiquant la localisation des serveurs. Le jeu est lancé ! Il déclenche le casseur de mot de passe, qui teste alors successivement des centaines d'assemblages de caractères dans le but de trouver la bonne combinaison. Le serveur cible commence alors à chercher la source de cette attaque, en ''traçant'' les différentes connexions intermédiaires qu'Aric a utilisées. Son logiciel de défense, qui suit l'évolution de ce travail, indique 5%.
Les caractères continuent de défiler à l'écran. Pendant ce temps, Aric prépare les programmes nécessaires à l'acquisition des données. Il ne faut pas perdre une seule seconde ! « Bip ! » Le mot de passe a été découvert : Virtuality.
Il accède au serveur et explore l'arborescence de fichiers. Là, les données qu'il cherche ! Aric lance les programmes anti-protection à la suite. Les barres de progression évoluent lentement. Le dépistage adversaire a déjà bien avancé : 60%. Les alertes sonores s’accélèrent.
Finalement, le fichier est à lui. Il en lance la copie dans ses banques de données. Il ne lui reste alors plus qu'à effacer ses traces, pour éviter d'être recherché par la suite. En quelques clics de souris, il fait afficher les fichiers logs du serveur. On supprime tout !
Non, un pare-feu imprévu se met en place ! 85%. Il ne lui reste plus que quelque secondes avant d'être découvert... Les sons s'affolent, son adrénaline explose. Il parvient finalement à se débarrasser du pare-feu in extremis, à supprimer les fichiers logs et à se déconnecter.
Toute trace de son passage a disparu. Il s'assure que le fichier volé se trouve bien dans la mémoire de son ordinateur, puis, soulagé, envoie un mail confirmant sa réussite à son employeur fictif. Celui-ci lui verse alors, dans les secondes qui suivent, une coquette somme d'argent virtuel.
Aric détourna les yeux de l'écran. Kyle se trouvait toujours à côté de lui, absorbé par ce qui se passait dans le jeu.
- Enfin voilà. C'est un peu le principe d'Uplink, dit Aric.
- Ouais, j'aime bien. Mais il est quand même assez vieux, remarqua Kyle.
- C'est sorti en 2000. Le concept du jeu était plutôt bien en avance pour l'époque !
- Je vois. C'est quoi le but au final?
Aric fit afficher le classement.
- Plus tu fais des gros coups, plus tu montes dans ce classement. Vers la fin, y a aussi des objectifs scénarisés, où tu dois choisir entre sauver ou détruire l'internet !
- Cool, j'essayerai ! Trust is a weakness, cita Kyle.
C'était l'accroche du jeu. Aric sourit à l'allusion, puis consulta l'heure sur l'affichage translucide de son ARM Integrated Phone, de la gamme 2025 de Kameon Telecom, directement rattaché à son poignet au moyen d'un bracelet souple en fibres de carbone. 15H35. C'était l'heure qu'il se rende à son rendez-vous professionnel.
Aric saisit la boîte contenant la commande à livrer sur son bureau et l'enfila dans un petit sac à dos, pour qu'il puisse rester discret. Ensuite, les deux amis quittèrent l'appartement d'Aric, à Caning Town, Londres. Kyle habitait à quelques immeubles de là, et il avait encore quelques codes complexes et novateurs à terminer. C'était vraiment un grand connaisseur de la technologie!
Ils se séparèrent devant la station du Docklands Light Railway toute proche. Aric passa ses écouteurs sans fil sur les oreilles et commanda la lecture aléatoire des classiques des années 90 d'une flexion de l'index. Son téléphone dernier cri s'exécuta immédiatement. Quelle merveille ces senseurs de tendons, pensa Aric. La piste 5:23 du groupe Global Communication distilla des harmonies éphémères dans ses oreilles.
La rame du train automatique freina avec un doux chuintement à son arrivée en gare. Aric y pénétra, et à peine quelques instants plus tard, elle s'envolait légèrement par-dessus les bâtiments modernes de l'est londonien, direction Bank. Aric avait reçu le mail, anonyme, du rendez-vous la veille, alors qu'il était en train de réaliser quelques exemplaires supplémentaires de la commande. Il l'avait parcouru rapidement, et celui-ci disait en bref : « Demain, 15h, livrez les pièces à Camden Town ». Le reste n'était que des arrangements destinés à assurer la discrétion de la transaction.
Il laissa son regard errer sur le paysage urbain défilant derrières les vitres. Les hautes tours du quartier financier de Canary Wharf apparurent, resplendissantes. Et sur la vitre obscurcie par leur ombre, son visage aux traits tirés par de nombreuses nuits de travail flottait faiblement, tel celui d'un fantôme venant hanter la majesté des gratte-ciels. Aric tapota du pied la rythmique dynamique du tube Foxxy de Cassius. Lui, il avait cessé de travailler avec cette logique capitaliste depuis plus d'un an. Il réalisait maintenant divers montages ou réparations de circuits micro-électroniques, en indépendant, et pour des clients privés. Cela présentait l'avantage de pouvoir choisir les commandes à réaliser et d'être moins sous la pression d'un patron. Il avait toujours détesté cela. Bien sûr, gagner sa vie était devenu plus difficile. D'ailleurs, il n'avait toujours pas remboursé son fournisseur. Il avait bien fait d'accepter cette commande anonyme ! Et...
Le DLR s'enfonça dans le sol et s'arrêta peu après à Bank. La station avait été rénovée il y a peu, et des tapis roulants horizontaux à haute vitesse permettaient à présent aux usagers de rejoindre leurs correspondances. Aric suivit les signalisations jaunes Central Line et se retrouva, à peine une minute plus tard, dans un des wagons flambants neufs, à la courbe agréablement aérodynamique, du métro express.
La deuxième raison pour laquelle il avait accepté cette commande était qu'il la trouvait suspecte. Il pensait qu'elle était l'indice d'une machination secrète menée par une grande entreprise. S'il était suffisamment vigilant, il pourrait peut-être mettre à jour des infos pour le réseau Pub_leaks, un groupement récent de pirates et autres divers agents intégrés à des compagnies financières, dont il faisait partie. Leur but était justement de combattre tout abus provenant des gouvernements ou des grandes sociétés commerciales. Son travail comme indépendant était un parfait alibi, pouvant attirer un client cherchant l'anonymat, ne se doutant pas qu'il s’adressait indirectement à toute une organisation cachée. Ainsi, il pourrait, avec un peu de chance, apporter sa pierre à l'édifice que constituait Pub_leaks.
Il sortit de la rame à King's Cross et emprunta la Northern Line, toujours non rénovée. L'ambiance écorchée caractéristique du groupe Cabaret Voltaire se déversait dans ses oreilles.
La puce qu'on lui avait proposé d'assembler lui avait immédiatement semblé suspecte. En effet, ni la fonction des programmes à y télécharger, ni l'utilité des broches particulières qui en sortait n'était précisées. Il avait alors passé le tuyau à quelques-uns de ses contacts, pour qu'ils se renseignent. Pour l'instant, aucun retour ne lui était parvenu. Heureusement, il avait réalisé quelques exemplaires supplémentaires des pièces ! Il pourrait ainsi toujours les étudier par la suite. La station de Camden Town se profila à travers les vitres usées du train.
Aric émergea du réseau souterrain et s'enfila dans la rue bondée. Un peu plus loin, au coin de Jamestown Street, il vit un homme appuyé contre la façade en briques rouges. Il tapotait distraitement sur son assistant personnel. Aric s'arrêta près du lampadaire en face et fit de même sur son téléphone intégré. L'autre jeta alors un regard discret sur lui, se redressa et s'enfonça plus loin dans la rue. Aric le suivit, tout en faisant bien attention à conserver une distance respectable.
Le gars portait un jeans conventionnel et un t-shirt bleu ample. Fondu dans la foule. Il pénétra dans un bar. Aric jeta un coup d’œil vers l'enseigne en bois imité, qui reproduisait l'allure de celle des vieilles maisons anglaises. Sympathy Pub. Il franchit à son tour le pas de la porte. Dedans, le décor rappelait les pubs traditionnels, mais une énorme membrane télévisuelle avait été plaquée contre le mur. Un flux continu en provenance de l'hyper-réseau, créé par les majors de l'industrie dans le but de regrouper les différentes formes de médias, diffusait des images exclusives de la guerre de Taïwan. C'était un conflit absurde lancé par les Américains, sous la pression de consortiums économiques. Les images de la population meurtrie par les tirs de munitions lourdes se déroulaient inlassablement, dans l'indifférence du pub. Aric s'assit en face de son commanditaire, à une table du fond.
Ils se saluèrent formellement. Son nom était Stuart. Aric l'étudia brièvement. Ses joues étaient fraîchement rasées et ses cheveux soigneusement peignés. Pas du genre à porter ce t-shirt décontracté avec le Tower Bridge dessus. Le costard devait lui seoir bien mieux, à cet homme d'affaire !
La serveuse distribua avec hâte des pintes aux clients de la table voisine, puis vint prendre commande. Stuart prit un coca, Aric se décida pour une bière. Le gars s'appuya ensuite confortablement contre le dossier, consulta son PDA, puis demanda, comme si de rien n'était :
- Je peux voir les pièces?
Aric s'exécuta à contrecœur. Il sortit la boîte de son sac et en extraya une des petites puces, qu'il glissa discrètement à son interlocuteur. Celui-ci la fit tourner rapidement dans ses mains et l'étudia d'un œil ignare.
- Elle semble conforme à l'image que l'on m'a montrée, dit-il.
C'était un simple agent, comme Aric s'en doutait depuis le début. L'affaire paraissait de plus en plus suspecte.
- Qui est le destinataire, il tenta.
- Contrat anonyme, je ne peux pas en dire plus.
Il n'en tirerait rien d'intéressant. Il exigea alors :
- Versez-moi l'argent d'abord, ensuite je vous remets le matériel.
Stuart tapota un message sur son assistant électronique désuet. Aric leva son bras et activa l'écran incrusté dans la membrane fine de son ARM Phone, puis établit une connexion sécurisée à sa banque. Le paiement arriva, en même temps que son interlocuteur lui annonçait que c'était chose faite. Aric se leva alors et annonça :
- Alors c'est conclu. Si cela ne vous dérange pas, je m'en vais, d'autres affaires m'attendent.
Il déposa la boîte dans les mains de l'agent, à la mine contrariée, en passant à côté de lui, puis se dirigea vers la porte. Il croisa sur son chemin la serveuse apportant sa boisson. Tant pis. Il n'avait aucune envie de prolonger la discussion artificiellement, au mépris de la politique de discrétion qui avait été fixée.
Il sortit dans la rue toujours pleine de touristes et se dirigea vers les canaux, au nord. Le cours d'eau qui avait autrefois servi au transport par péniches s'écoulait paisiblement au beau milieu de l'agitation londonienne. Aric s'arrêta un moment pour profiter de l'air frais printanier. De l'autre côté du canal, des résidences modernes se dressaient au-dessus de l'eau, un peu à la façon de ces plates-formes pétrolières rompant l'horizon des océans, et leurs façades polies se reflétaient, alors transformées en formes crasseuses, dans l'élément liquide pollué, en contrebas. Aric décida de prolonger sa promenade en direction de Regent Park.
Lorsqu’il arriva près des premiers arbres en fleurs du parc royal, son téléphone sonna. Un message de John, ou Permanent_Axis sur les serveurs. John avait remonté Aric du trou, après qu'il eut quitté son travail, et l'avait fait admettre dans le réseau Pub_leaks. C'était un gars très engagé dans le réseau, avec des responsabilités, mais qui restait toujours son ami. Il travaillait également dans une holding technologique, une place infiltrée où il obtenait des informations de première main. Ça ne pouvait être qu'une info importante, s'excita Aric. Il demanda la recomposition du texte, dont les données avaient été envoyées en paquets fragmentés aux quatre coins du globe.
Salut,
Concernant le matos suspect que tu devais assembler, j'ai pas mal investigué pendant mon temps libre, et je pense avoir trouvé des infos d'importance capitale ! En fouillant dans des données volées à InterTech Holding par ma société, je suis tombé sur des rapports parlant d'une puce semblable à la tienne.
Tiens-toi bien ! Selon les recoupements que j'ai faits, les broches de ce prototype, nommé TrendPulse, sont étudiées pour être enfichées directement dans la peau, à hauteur de la nuque. La puce serait alors directement mise en contact avec le cortex cérébral !
L'objectif du truc est d'injecter des commandes formatées aux muscles pour réaliser des actions complexes. Ainsi, en travaillant de pair avec les informations de position fournies par le cerveau, tu peux effectuer des mouvements qui t'étaient inconnus auparavant, et ce avec une grande précision et un temps d'adaptation très faible.
Un tel dispositif pourrait avoir des utilisations dans le milieu militaire, pour augmenter les capacités des soldats. InterTech Holding prévoit de la vendre aux Américains, qui pourraient ainsi réduire leurs effectifs de soldats impliqués à Taïwan, sans perdre pour autant en efficacité...
Malheureusement, les infos que j'ai trouvées ne précisent pas quelle entreprise a été commanditée pour en effectuer la conception. J'ai organisé pour ce soir un chat hyper sécurisé, pendant lequel on va décider de la suite des événements. Rejoins-nous à 19h. Il est temps d'agir !
A+, John
Aric s'empressa de rentrer à son appartement.
À 18h50, il lança la connexion au réseau Pub_leaks. Il entra, à l'ancienne, l'adresse IP du serveur dans la barre de navigation d'un navigateur caduc depuis l'émergence de l'hyper-réseau. Cela dit, c'était toujours mieux que le nouveau réseau, extrêmement surveillé par les commerciaux, se rappela-t-il. Tout avait été fait pour la sécurité chez Pub_leaks. Les agissements de ses membres restaient ainsi inconnus du grand public, mais par contre on s'arrangeait pour que les données compromettantes soient répandues sur les réseaux de façon anonyme.
Aric tapa les différents codes d'accès à son compte personnel de tête. Une partie des données nécessaires étaient cryptées sur son propre ordinateur, l'autre sur les serveurs, de manière à compliquer tout travail d'infiltration. Après une dernière vérification minutieuse de la sécurité de la connexion, l'interface de messagerie s'afficha. Seule la communication textuelle était utilisée, car cela rendait ainsi l'identification de tout membre plus difficile. De plus, chaque message émis n'était stocké sur le serveur que le temps que le destinataire se connecte, après quoi il était supprimé du serveur et de l'ordinateur de l'émetteur, n'en laissant en tout qu'une copie.
Son tableau de bord personnalisé s'afficha et Aric double-cliqua sur l'icône de messagerie instantanée qui y était apparue.

---------------chat message log on server 243.128.0.12 ---------------
started : 08.04.2025 18:57
connected members :
Calie Net[Resp. Coordination]
Permanent_Axis[Resp. Information]
Numstruct[Cons. Technologique]
FrostBite[Aux. Information]
----------------------------------------------------------------------
*session opened*
Calie Net > Je fais un rapide résumé de la situation : Permanent_Axis m'a averti qu’il était entré en possession d'informations de première importance ! Une puce révolutionnaire, mise à jour par FrostBite, et dont l'utilisation serait des plus dangereuses. Nous devons décider ici comment réagir à cette invention inconsidérée qui pourrait amplifier les effets de la guerre.
Numstruct > L'avancée technologique que représente le prototype TrendPulse est pour le moins impressionnante !
FrostBite > C'est certain, mais malheureusement sa création n'a pas été dictée par les meilleures raisons.
Permanent_Axis > Cette invention n'est pas dans de bonnes mains ! Les conséquences de son utilisation sont trop imprévisibles ! Imaginez ce qui pourrait arriver aux Taïwanais déjà meurtris par les conflits si les Américains venaient à y ajouter cette arme à leur arsenal...
Numstruct > Pourtant, cet implant représente une évolution inévitable. C'est un aboutissement technologique vers lequel les recherches de divers instituts tendent depuis plusieurs années déjà.
Permanent_Axis > Non, nous devons la détruire. La simple existence de la puce TrendPulse, sous le cadre du secret militaire, est un danger. Des milliers d'êtres humains pourraient mourir sans que le reste du monde ait même la connaissance de cet implant ! Et je ne parlerai même pas de l'usage qu'on pourrait en faire pour manipuler les prisonniers de guerre !
FrostBite > Ce serait horrible, nous ne pouvons clairement pas tolérer l'existence secrète de TrendPulse. Il faut l'éliminer, et espérer qu'au moment où un produit similaire apparaîtra, cela se passe dans un milieu plus transparent, comme une université.
Calie Net > Je suis également de cet avis. Il est clair que la lutte contre une invention aussi néfaste s'inscrit dans la ligne d'action de notre réseau. Nous devons réagir ! Avertir les médias ?
Numstruct > Je suis obligé de plier devant la justesse des arguments que vous avez évoqués. Espérons que tout se passe pour le mieux dans le futur, comme l'a dit FrostBite. Sinon, est-ce qu’avertir les médias ne risquerait pas de mettre en danger la confidentialité du réseau, d'attirer l'attention sur nous ?
Permanent_Axis > C'est juste, et en plus la nouvelle pourrait être cachée ou détournée. On sait comment de nombreux médias sont corrompus. Et même si ça passe, ça n'empêcherait peut-être même pas l'usage, en secret, de la puce !
Calie Net > Vrai, et pourtant c'est peut-être la seule arme dont nous disposons pour lutter...
Permanent_Axis > Je suis d'avis que nous tentions de directement détruire les plans originaux de TrendPulse. Avec un peu de chance, nous pourrions le faire avant qu'ils ne quittent l'entreprise qui les a conçus.
Calie Net > Nous ne savons cependant rien sur cette entreprise et une telle action nécessiterait probablement une infiltration dans le monde physique, non? Pour pouvoir réussir à détruire toutes les données de recherche...
Permanent_Axis > Je pense que nous pouvons essayer, dans un premier temps, de découvrir cette entreprise inconnue. Empêcher un tel danger demandera de prendre de gros risques. Si nous échouons, nous pourrons alors révéler les infos aux médias. C'est mieux comme cela.
Calie Net > C'est d'accord, nous pourrions le tenter, mais je vais tout de même encore étudier la chose avec les autres responsables. Vous pouvez cependant déjà commencer à vous organiser.
Permanent_Axis > Je peux mettre dans les heures qui suivent une équipe à la traque d'infos sur cette entreprise.
Numstruct > Je propose de développer des logiciels pour la puce. Je connais des gars qui seraient capable d'y transposer des scripts de simulation de combat. Nous pourrions alors l'utiliser contre nos ennemis.
FrostBite > Bonne idée. Et je pense que je pourrais également effectuer quelques recherches sur cette entreprise. J'ai déjà un soupçon !
Permanent_Axis > FrostBite, sois prudent. Je pense que vu l'importance de cette invention, tu pourrais recevoir de la visite, pour que l'on s'assure que tu n'aies pas conservé de copies des pièces.
Calie Net > Quoi que ce soit d'autre à rajouter ?
Calie Net > OK, je propose de clore cette discussion. Vous pouvez commencer vos tâches respectives.
*session closed*


Aric ferma la fenêtre de son navigateur personnalisé. Il était exalté. Cet événement venait complètement rompre son quotidien. Depuis son départ du milieu professionnel, il n'avait fait qu'enchaîner des petits travaux – assemblages de capteurs ou de systèmes de monitoring compacts – sans intérêt. Puis était venue cette commande mystérieuse. Une chance pour lui ! Une puce plutôt banale en apparence, mais en réalité qui était un prototype terriblement dangereux destiné à l'armement des soldats. Aric n'en avait été que l'assembleur supposé ignorant du prototype. Mais, heureusement, il était aussi le maillon pourri de la chaîne anonyme. Il avait senti avec justesse quelque chose de suspect et avait entraîné avec lui tout un réseau de militants et pirates.
On ne pourrait pas stopper les volontés gloutonnes d'une société comme InterTech Holdings, mais on pouvait certainement les compromettre. Il suffisait pour ce faire de découvrir qui était à l'origine de la conception de l'implant, et de détruire les plans d'origine. Et en cela, Aric avait aussi une intuition. FutureCom Technologies, dont il avait été le cofondateur.
Aric fit afficher la page hyper-réseau de l'entreprise. Un acteur à l'air propre et sérieux apparut alors et déclama un slogan, tandis que défilait une liste de projets réalisés avec succès :
Nous sommes à votre service pour les commandes les plus personnalisées.
FutureCom Technologies

Puis l'affichage se métamorphosa en un texte de présentation et un formulaire de contact. Il avait besoin d'un accès direct au serveur interne de l'entreprise, pas à celui d'une vulgaire page de promotion hyper-réseau ! Pour cela, Aric fit surveiller les entrées et les sorties du serveur associé, en espérant tomber sur une connexion administrateur en provenance de FutureCom Technologies. Il ne restait plus qu'à attendre. Aric s'enfonça dans sa chaise de bureau et se remémora son temps dans l'entreprise.
Il l'avait fondée en commun avec Jankin, un businessman qui avait, étonnamment, de solides connaissances scientifiques. C'était il y a trois ans. Son associé devait s'occuper de l'aspect financier de la boîte, alors que lui-même prit la place de directeur des recherches. Leur association avait plutôt bien fonctionné pendant un temps. Ils avaient d'abord contribué à diverses interfaces de reconnaissance de mouvements, puis ils s’étaient lancés dans la conception de prothèses de jambes. L'objectif d'Aric était alors d'utiliser les résultats des recherches en imagerie du cerveau pour identifier et aider à réaliser des mouvements à des personnes handicapées. Mais ils n'avaient obtenus que des résultats en demi-teinte. Plus tard, Jankin voulut passer à des développements plus rémunérateurs.
« Pourquoi ne pas adapter nos recherches et vendre nos produits là où se trouve l'argent? » lui avait-il dit. Les choses commencèrent à se gâter entre eux. Aric préférait effectuer des recherches qui pourraient aider les humains les plus démunis. La technologie devait servir l'homme, l'aider dans ses tâches quotidiennes ! Mais Jankin s'intéressait moins aux conséquences de l'utilisation de ces augmentations, et plutôt à l'argent. La tension monta rapidement et en moins de deux mois, leur coopération se termina.
Le souvenir de leur dernière altercation restait particulièrement amer. Il avait quitté l'entreprise juste après et gardait aujourd'hui une rancune viscérale contre tous les hommes d'affaires. Après une période de dépression et de grosses difficultés financières, il avait rencontré John et était entré dans Pub_leaks.
Environ deux heures plus tard, l’occasion qu'il attendait se présenta enfin. Un accès automatique de mise à jour. Aric se connecta au réseau interne de l'entreprise et se mit en quête d'une faille. Il essaya diverses attaques classiques, qui furent détournées. FutureCom Technologies avait plutôt une bonne défense, mais certainement pas assez pour lui résister, comme il allait bientôt se le prouver.
Les dernières sécurités du serveur tombèrent, finalement, vers trois heures du matin. Aric accéda au serveur de données et parcourut la hiérarchie de fichiers comme un fantôme ne laissant aucune trace de son passage. Fatigués, ses yeux menaçaient de se fermer. Il avait de la peine à se concentrer et des bribes de sa dispute avec Jankin revenaient le hanter.
« On pourrait voir plus grand ! Pourquoi ne pas s'affranchir de toute cette imagerie médicale imprécise? »
Aric trouva, sans grand étonnement, les fichiers décrivant en détail le prototype TrendPulse. Tout s'y trouvait : plans, principe de fonctionnement et description des applications, qui pouvaient être multiples.
« L'important pour faire évoluer la société est de découvrir les inventions. Elle décidera elle-même quel usage en faire. Mais pour l'instant, nous avons surtout besoin d'argent, et il se trouve... »
Jankin, dans son idéologie, avait succombé à la solution qui rapportait le plus.
Aric en avait découvert assez. Il s'occuperait du reste après s'être reposé. Il installa un ver indétectable sur le serveur, pour pouvoir y retourner facilement par la suite, se déconnecta, et enfin se dirigea, épuisé, vers son lit.
Il fut réveillé par la sonnerie. Il n'était que 9h30. Zut, qui pouvait bien sonner chez lui si tôt dans la journée? Il se leva du lit, encore assommé par sa nuit courte et agitée, et se rendit devant son ordinateur. Il avait installé une micro-caméra au-dessus de la porte pour identifier les visiteurs. Il ouvrit la fenêtre qui en donnait la transmission.
Un homme de grande taille se tenait sur le seuil. Il était vêtu d'un épais costard et portait une petite mallette en cuir beige. Son doigt appuya pesamment sur la sonnette. L'insigne d'huissier était fixée sur son vêtement. Un frisson lui parcourut l'échine. Il n'allait pas se laisser piéger ! L'homme avait l'air trop fort, et la coïncidence trop grande. John l'avait prévenu, c'était sûrement un agent de leurs ennemis ! Il s'était camouflé en fonctionnaire pour se servir des problèmes d'argent d'Aric comme alibi pour rentrer, et ainsi l'éliminer discrètement. Il fallait qu'il agisse rapidement, se dit-il, soudain pris de panique.
Avant tout, il devait avertir les autres de sa découverte. Il se connecta à toute vitesse sur les serveurs de Pub_leaks. Ses doigts voulaient voler sur le clavier en entrant les codes d'accès, mais il devait également s'efforcer de rester le plus silencieux possible.
Pendant les quelques instants de chargement, Aric passa rapidement en revue ses possibilités. Il se trouvait au cinquième étage. Impossible de passer par une fenêtre. Il n'avait également aucun accès aux escaliers de service. Sa seule issue était la porte d'entrée.
L'interface de messagerie s'afficha. Aric tapota l'adresse IP du serveur de FutureCom Technologies avec deux-trois mots d'explication. Ses mains tremblaient. La sonnerie retentit une nouvelle fois. Il envoya le tout à John.
Un faible sentiment d'apaisement contrasta avec son agitation intérieure. Peut-être que s'il restait parfaitement silencieux, le mec abandonnerait. Aric se laissa alors enfoncer dans son siège de bureau. Le fracas d'une pile de disques ultra-compacts, qu'il avait gardés inutilement, s'effondrant se fit entendre. Non ! Une des roues avait dû reculer suite à son mouvement. Maudit désordre. L'agent tambourina sur la porte. « Il y a quelqu'un? »
Aric laissa courir son regard à travers la pièce, l'estomac noué, puis revint sur son écran d'ordinateur. Un message de NumStruct, son ami développeur présent hier soir. Il en lut machinalement le titre : première version du script combat pour l'implant. Peut-être que !
Il ouvrit le message. Les fichiers étaient là, et il les téléchargea immédiatement. L'agent réitéra ses coups sur la porte, toujours plus fort. Aric regarda l'exemplaire du prototype TrendPulse qui traînait encore sur son bureau. Non, il n'allait quand même pas s'implanter cette puce? C'était une arme, il ne voulait pas devenir une machine à combattre ! Une notice annonça la fin du téléchargement.
Aric ferma la fenêtre, puis lança la copie des programmes sur l'implant par wi-fi. En attendant, ses yeux se perdirent dans les pixels de son fond d'écran. Sur la fenêtre de la caméra, le faux huissier continuait ses appels, presque collé à la porte. « Ne m'obligez pas à forcer la porte », tonna-t-i. Aric n'avait aucune chance d'en réchapper. Copie des programmes terminée, indiqua un message. Démarrage de l'auto-exécution du périphérique. Ça ne sert plus à rien d'attendre bêtement devant son ordinateur, se dit-il, et il saisit la puce entre ses deux doigts.
Ses doigts tremblaient de peur lorsqu'il l'approcha de sa nuque. Il avait consulté les notices d'implémentation pendant son inspection du serveur, mais il n'avait pas le temps, à présent, de respecter les consignes ! Il enfonça avec vigueur dans sa peau les broches caractéristiques conçues par ses soins. Une vive sensation de piqûre lui enflamma la nuque, accompagnée d'un fort vacillement de ses sens. La puce se synchronisait à son cerveau... Il manqua de s'effondrer de sa chaise. Puis le vertige s'estompa rapidement jusqu'à ce qu'Aric ne sente plus que la brûlure laissée par l'implémentation abrupte.
Il se leva sans peine, se sentant confiant. Tout effet de la puce semblait avoir disparu. Elle n'agit que lorsque l'on a besoin d'elle, se rappela-t-il. Il effectua les premiers pas vers la porte de son appartement, accompagné de la vague impression d'évoluer dans un monde irréel. Sa main se referma sur la poignée en métal froid, qu'il abaissa avec détermination.
L'agent se dessina alors dans l'embrasure illuminée tracée par le cadre en bois aggloméré. Aric adopta la mine la plus déconfite qu'il put.
- Eh bien ! Vous en avez mis du temps, tonna-t-il.
- Désolé...soirée trop arrosée... bafouilla Aric en portant la main à son front.
- Bon, je viens faire l'inventaire de vos biens en vue d'une saisie éventuelle. Aujourd'hui on ne fera qu'une petite visite de votre appartement pour lister vos possessions. Puis-je entrer, demanda-t-il par pure politesse.
Aric s'écarta, prenant soin de conserver le plus de distance possible. L'homme baraqué pénétra dans le salon peu éclairé. Les circuits de TrendPulse s'étaient activés et analysaient les mouvements de l'agent : Musculature trop développée. Aucune chance en combat direct. Tel était le diagnostic. Il fallait qu'il ruse. L'autre reprit :
- Eh bien ! Vous en avez des choses, s'exclama-t-il en apercevant son fatras électronique sur l'établi. C'est votre boulot je suppose?
Puis, son regard se dirigea vers l'armoire où étaient entreposées les pièces détachées ou terminées.
- Commençons par ça, dit-il en pointant du bout du menton. Vous pouvez me l'ouvrir?
- Ok, j'y vais... répondit Aric d'un ton morne. Directement les pièces suspectes. Il avait pour le moins le coup d’œil rapide, cet huissier !
Aric se rendit à l'armoire et la déverrouilla à l'aide d'une clé sortie de sa poche. Il allait le surprendre.
Il s'agenouilla devant le casier tout en bas. Le faux huissier le suivait, dans son dos. Un grand bahut, des gros moyens ! Il sortit le tiroir, et saisit un bloc d'alimentation de 1500 W. L'agent commença : « Voyons voir... ». Aric rassembla sa force et entraîna le bloc par-dessus lui. Il toucha l'agent, pris au dépourvu, en pleine figure. Aric se releva et se retourna à la vitesse d'une transmission électromagnétique. Un arbre de possibilités de neutralisation s'affichait maintenant dans son esprit. Il s'élança sur son adversaire, replié, le visage ensanglanté. Clé de bras. Aric passa sa main sous le coude de l'agent, et adopta la prise indiquée dans son cerveau. Le mouvement était imprécis, mais efficace. Aric serra de toutes ses forces. Le gars baraqué gémit. Il essaya de dire quelque chose, mais la douleur l'en empêcha. Il semblait qu'Aric avait gagné.
Il tâta alors les hanches de son adversaire de sa main encore libre. Une arme, comme il s'en doutait. Il la retira de son étui et l'amena devant ses yeux. Un pistolet à décharge électrochoc. Réglé correctement, c'était suffisant pour tuer, et ce discrètement. Aric n'était pas dupe. Il lâcha de sa prise et pointa le pistolet vers l'agent. Son ton était nerveux :
- Allez dégage maintenant, et prends tes copains avec si t'en as.
L'agent vaincu se dirigea douloureusement vers la porte, le regard plein de crainte et d'étonnement, et quitta l'appartement. Aric était également un peu effrayé des capacités de TrendPulse. Sans l'ombre d'un doute, son imposant adversaire n'avait eu aucune chance contre cet implant nouvelle génération.
Il alla inspecter sa nuque dans un miroir. Les broches de l'implant s'étaient dépliées après la greffe, et était maintenant fermement accrochée sous la peau. Impossible de l'enlever sans se blesser. Il faudrait qu'il s'occupe de tout ça plus tard. Pour l'instant, il allait quitter son appartement, avant que l'agent ne revienne avec des renforts. Il dissimula du mieux qu'il put l'implant en relevant le sommet de son pull.
John lui avait envoyé les coordonnées d'un organisateur de Pub_leaks, chez lequel il pourrait trouver refuge. L’adresse l'avait mené à l'autre bout de la ville, dans l'ouest. Les petites villas agréables de banlieue s'alignaient à n'en plus finir. Numéro 125, contrôla Aric sur son téléphone. Toutes ces maisons se ressemblaient tellement ! Il sonna. Du mouvement. Une jolie fille, aux cheveux d'un surprenant turquoise, vint lui ouvrir. Oups ! S'était-il trompé ? Aric s'annonça :
- Bonjour, je viens de la part de John. J'espère qu'il vous a avertie.
Son visage aux traits agréables, mais légèrement tirés, se détendit.
- Ah oui ! On m'avait prévenue de ton arrivée. Aric... c'est ça?
- Exactement, confirma-t-il avec étonnement.
- Moi, c'est Nora, répondit-elle simplement avec un sourire. Entre, je vais nous préparer un DatSoda.
- Cool, merci !
La perspective de la boisson gazeuse super-énergétique à base de café le réconforta. Il traîna sa valise dans le vestibule, en grand désordre, et réussit à la caler entre une paire de bottines renversées et un porte-manteau dépouillé en bois. Puis il suivit son hôte dans la cuisine, pleine du même désordre. Nora se tenait près de la vitre, au fond, à côté du mélangeur vrombissant. Sa silhouette ressortait dans l'intense lumière provenant de la grande baie vitrée qui s’ouvrait sur un petit jardin. Elle portait des shorts et un t-shirt noir à l'effigie des SmartPunks 21, un groupuscule internet de génies de la technologie dont faisait notamment partie Kyle. Autour de son cou pendait un collier formé d'un réseau de bouts d'étoffe aux couleurs chaleureuses. Elle le regarda entrer, tout en mâchonnant négligemment un bout de pain. La machine versa leurs boissons dans des gobelets, qu'elle emmena sur la table. Aric s'assit sur un haut tabouret en aluminium et la remercia. La conversation s'engagea :
- Pourquoi tu débarques comme ça en fait? C'est à cause de cette histoire d'implant?
Aric acquiesça :
- Un type est venu à mon appart', probablement pour s'assurer que je n'en avais pas gardé de copies. Mais j'ai heureusement réussi à m'enfuir de justesse. Il n'avait pas envie d'entrer dans les détails, de révéler s'être déjà implanté TrendPulse.
Un petit sourire s'afficha sur les lèvres de Nora, qu'elle conserva un petit moment tout en observant Aric. Il ne savait pas comment réagir. Finalement, elle dit :
- Viens, je vais te montrer ma base secrète.
Elle se leva et retourna dans le corridor, laissant son DatSoda à moitié plein sur la table. Aric termina d'une traite le sien et partit à sa suite. Nora s'arrêta devant une armoire logée sous la cage d’escalier. Elle en fit tourner la clé et tira le battant de la porte, puis disparut à travers le cadre de bois. Aric jeta un coup d’œil surpris à travers l'ouverture : un escalier menant à la cave. Intrigué, il s'enfonça à son tour dans le boyau de béton. Nora était déjà en bas, déverrouillant une deuxième porte. Elle jeta un coup d’œil en arrière. Il fallait se dépêcher de venir ! Il descendit les dernières marches et déboucha dans une grande salle. Des étagères en métal recouvertes de divers gadgets ultra-technologiques s'alignaient contre les parois. Divers motifs et taches de peintures venaient colorer le décor sinon assez gris. Nora se tenait au centre, le visage rayonnant.
- Qu'est-ce que t'en dis? Tout ça c'est mon job annexe : fournisseur de matériel à la pointe de la technologie.
Aric s'approcha d'une des armoires et observa, curieux, les différents composants électroniques qui y reposaient. Enregistreur super-miniaturisé, puce de localisation GPS, dispositif de piratage d'alarmes, système analyseur d'interactions. Que du sérieux. Il se retourna vers Nora, qui lui dit d'un air amusé :
- On va planifier l'attaque sur les locaux de FutureCom Technologies depuis ici. Ton ami Kyle et une autre fille, Sarah, ont accepté de venir nous prêter main forte. Ils arrivent ce soir Et maintenant, tu pourrais me dire quel effet ça fait de s'être implanter TrendPulse?
Aric resta bouche bée. Il passa sa main sur sa nuque. Le col de son pull s'était rabaissé lorsqu'il avait observé les étagères du bas, laissant l'implant tout à fait visible.
Sous l'insistance de Nora, il lui avait expliqué en détail le fonctionnement du prototype. À la fin de son long exposé, elle tenait un des implants minuscules dans ses doigts, l'air fascinée. Avant qu'il n'ait pu l'en empêcher, elle glissa sa main derrière sa nuque et enfonça délicatement l'objet dans sa chair. La douleur passa un bref instant sur son visage, puis disparut. Elle n'avait pas froid aux yeux, en tout cas ! Aric lui demanda pourquoi elle avait agi si inconsciemment. Elle lui répondit, amusée, qu'elle avait envie d'essayer TrendPulse avant qu'on doive la détruire, et encore que la puce allait être utile pour mener la mission à bien.
Soudainement, elle l'attaqua. Ils luttèrent quelques instants, profitant de leurs nouvelles capacités. Mais leurs mouvements étaient encore imprécis, et ils terminèrent maladroitement leur affrontement en un éclat de rire. Ils avaient encore besoin d'entraînement...
Kyle et Sarah arrivèrent le soir même. Tous ensemble, ils conçurent une stratégie pour détruire les plans de TrendPulse, sous la supervision à distance de John. Kyle, toujours enthousiasmé par les nouvelles formes de technologie, avait également accepté de s'implanter la puce. Mais pas Sarah. Aric avait tenté, en vain, de la convaincre. Elle lui avait révélé sur un ton sec avoir fait partie des forces spéciales anglaises, et qu'ainsi elle préférait reposer sur son entraînement et ses réflexes d'ex-agent plutôt que sur un bout de circuit électronique. Elle n'en dit pas plus, et Aric ne lui posa plus de questions. C'était une personne de confiance, étant le bras droit de John, après tout !
Les trois amis passèrent un peu de temps à s'habituer à leurs réflexes augmentés, et bientôt ils s'émerveillèrent devant leurs nouvelles capacités. Pendant la soirée, ils se divertirent en regardant les toutes nouvelles vidéos holographique sur l'hyper-réseau.
Finalement, il ne leur fallut pas plus de deux jours pour tout mettre au point. Ils avaient décidé qu'Aric superviserait l'opération sur le terrain, et que John s'occuperait de la neutralisation des réseaux de l'entreprise à distance.
Les quatre compères s’avançaient sous la pluie battante. Le bâtiment circulaire de FutureCom Technologies apparut au bout de la rue. Ses cloisons en acier terne évoquaient un univers carcéral. Il y a quelques minutes encore, le soleil brillait sur le quartier de Southall, dans le district d'Ealing, mais les nuages s'étaient rapidement accumulés. Des gens passèrent en hâte à côté du groupe, camouflé sous des parapluies. Aucun regard ne s'attarda sur eux. Ils avaient soigneusement dissimulé tout leur attirail électronique, tiré des étagères de Nora, sous leurs vêtements de tous les jours. Ils s'arrêtèrent à quelques mètres de l'entrée du bâtiment, et se jetèrent des regards nerveux. Plus que quatre minutes.
Leur plan était d'attaquer de jour. Les systèmes de sécurité électroniques y étaient facilement accessibles, contrairement à celui de nuit, branché sur un réseau indépendant. John et une équipe de quelques autres pirates tenaient en ce moment même tout le système informatique de FutureCom Technologies sous leur contrôle. Ils n'avaient plus qu'à couper les flux des caméras et les remplacer par les images des dix minutes précédentes, diffusées en boucles interpolées. Les gardiens ne se rendraient compte de rien.
Aric et son équipe pourraient alors entrer dans le bâtiment sans être repérés, neutraliser les gardes avec des balles tranquillisantes et enfin maintenir les chercheurs sous contrôle. On aurait alors plus qu'à supprimer toutes les données relatives à TrendPulse
Le signal de départ fut donné par John dans leurs oreillettes. Les caméras avaient été reprogrammées. Kyle franchit la porte d'entrée de FutureCom Technologies. On l'entendit demander des informations au garde, puis il y eut un coup sourd, et des mouvements divers. « Il dort profondément », les informa Kyle. Les trois autres équipiers pénétrèrent dans le bâtiment.
Nora devait se poster à l'entrée. Aric, Kyle et Sarah enfilèrent leurs cagoules et continuèrent dans un court couloir en béton décharné, qui débouchait dans la salle de réunion des chercheurs. Selon les plannings, personne ne s'y trouvait à cette heure. Seuls des sièges en mousse, des plantes en pots et une caméra passée sous silence les accueillirent. De là, Kyle et Sarah s’enfoncèrent dans les corridors menant aux différents bureaux et laboratoires. Aric resta dans la salle et fit afficher une carte du bâtiment sur l'écran de son micro-ordinateur intégré. Des points colorés lui permettaient de suivre en direct l'évolution de ses coéquipiers.
FutureCom Technologies avait une architecture circulaire, d'un diamètre de cinquante mètres. Les laboratoires se trouvaient alignés aux parois extérieures, tandis que le centre était occupé par la salle de contrôle par vidéo-surveillance et le bureau de Jankin. Entre deux se situait le corridor dans lequel évoluaient Kyle et Sarah.
Le premier message vint de Sarah. « Garde aile droite éliminé. Je cache le corps. » « Bien, continue jusqu'au bureau du superviseur », répondit Aric.
De son côté, Kyle s'était plaqué contre le mur, à proximité d'une porte.
Aric le contacta :
- Qu'est-ce qui se passe?
- J'ai repéré grâce à l'amplificateur sonore que le garde se trouve derrière cette porte insonorisée, répondit-il en chuchotant. Il est en train de réprimander un des chercheurs de fréquemment oublier de boucler ces laboratoires à clé. Le scientifique ne semble pas comprendre ce qu'il aurait à cacher.
Ce n'est guère étonnant, se dit Aric. Certains documents leur avaient fait comprendre que les chercheurs étaient tenus ignorants du but final des recherches. Le point de Kyle bougea. Il avait dû attraper le garde par surprise. Un message vint immédiatement après le lui confirmer.
- Bon, annonça Aric, maintenant faites-moi sortir ce superviseur.
- Bien reçu, lui répondirent en chœur les deux voix.
Mr. Jerry, le superviseur, qui soutenait directement les actions répréhensibles de Jankin, portait un costume bleu marine complété d'une cravate rouge, symbole de l'alliance du sérieux et du social dans son travail. Il avait le même air sûr de lui que son patron, accompagné cependant d'une pointe de crainte dans le regard. Il ne fut pas difficile à convaincre, sous le canon du fusil à électrochoc de Sarah.
Les portes coulissantes s'ouvrirent les unes après les autres, et les scientifiques se rassemblèrent. Leurs regards se teintaient d'effroi à la vue d'Aric et de ses complices. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait, se lançaient des regards interrogateurs. C'était là tout l'aboutissement du système instauré par Jankin. Tenir les chercheurs isolés, ignorant de l'objectif final, pour parvenir à ses fins. Cela mit Aric mal à l'aise. Il avait hâte de discuter un peu avec son ancien collègue.
Nora arriva de l'entrée. Elle et ses camarades se concertèrent rapidement. Kyle et Nora resteraient pour surveiller les employés. Sarah explorerait les labos en vue d'éliminer toute trace physique des recherches. Et, enfin, Aric se dirigea vers la porte au fond de la salle de réunion, qui menait au centre de contrôle, puis aux bureaux de Jankin, derrière lesquels se trouvait le serveur central de l'entreprise.
Tom, le chef de la sécurité chez FutureCom Technologies, se dirigea vers l'interphone clignotant. On appelait pour ouvrir la porte. Il appuya sur le bouton de l'appareil. « Oui ? » Laisse-moi entrer Tom. C'est urgent. C'était la voix de Jerry, qui résonnait, distante et légèrement altérée par l'interphone. Tom commanda l'ouverture de la porte et se retourna. Son collègue était nonchalamment enfoncé dans sa chaise, observant l'unique écran où s'affichait l'état des systèmes de sécurité et l'image des caméras. La porte automatique coulissait lentement.
Mais ce fut quelqu'un de tout autre que Jerry qui pénétra dans la pièce. Un homme jeune, vêtu d’une cagoule. Ses mains pâles et fines tenaient une arme tendue vers son collègue. Tom cria pour l'avertir, mais c'était déjà trop tard. Une fléchette se logea dans son côté et il s'effondra dans un sommeil profond. Tom se réfugia en toute hâte derrière une chaise de bureau, alors qu'une deuxième fléchette venait se loger dans son dossier.
Il s'élança alors en avant, faisant rouler sa couverture improvisée à pleine vitesse. Il allait plaquer ce jeune terroriste contre la paroi et le désarmer ! Il se jeta sur son adversaire, mais fut pris de surprise lorsque celui-ci l'esquiva dans un mouvement parfaitement fluide. Tom sentit ensuite son élan être dévié, et vit approcher la boîte d'alimentation. Sa tête s'écrasa en plein dedans, le métal plia. Une décharge puissante lui parcourut le corps.
Nora et Kyle gardaient un œil attentif sur les scientifiques, le superviseur toujours en otage. Aucun mouvement suspect ne se présentait parmi eux. Sarah était partie depuis trois minutes déjà. Le petit point bleu indiquait qu'elle se trouvait dans le laboratoire de simulation artificielle, probablement en train de supprimer les données sensibles des ordinateurs. Mais soudain, son marqueur disparut subitement de l'écran. Nora tenta en vain de la contacter. Elle s'était déconnectée.
Aric gravit les dernières marches de l'escalier plongé dans l'obscurité. L'entrée en contact de l'agent de sécurité avec les fusibles l'avait tué sur le coup et avait entraîné l'extinction de tous les systèmes dans la salle de contrôle. La décharge avait aussi sérieusement secoué Aric. Il était légèrement sonné et ses muscles étaient engourdis. De plus, son système de communication s'était détraqué, et il n'entendait plus rien d'autre qu'un fort grésillement, qui lui rappelait certaines pistes de Noise agressives. Il retira les oreillettes. Il fallait qu'il en finisse rapidement.
La porte du bureau de Jankin était équipée du même interphone que celle d'en-bas. Il appuya sur le bouton et fit rejouer la synthèse parfaite de la voix de M. Jerry. La porte coulissante se mit en mouvement. Jankin était tombé dans le même piège que le garde en bas. Aric releva le pistolet chargé de vraies balles, qu'il avait récupéré sur le défunt.
Une grande pièce se profila, avec de nombreux graphiques et listes d'objectifs accrochées aux parois. Au centre se trouvait un large bureau en L, surmonté, à droite, d'une série de trois écrans. Jankin était assis derrière, dans une haute chaise de bureau, le visage impassible. Aric aurait eu bien de la peine à y déceler la moindre trace d'étonnement. Un petit sourire s'affichait au coin de sa bouche. Mais derrière ce masque, Aric savait que son cerveau calculait à toute vitesse les données de la situation.
- Ah, Aric ! Quelle surprise de te revoir, annonça-t-il. Tu es venu pour me présenter mon invention?
Le ton était parfait ; ses traits ne trahissaient aucune peur devant l'arme tendue. C'était un parfait comédien, rodé au milieu des affaires. Aric le haïssait d'autant plus pour cette raison.
- Ton invention, Jankin, je suis venu la détruire.
- Oh, feignit-il, je pense pourtant qu'elle t'a bien été utile pour arriver jusqu'ici, non? Il croisa les mains au-dessus du bureau et posa calmement sa tête dessus.
- Oh oui ! Et je t'en remercie. Mais cette puce va disparaître, elle et les plans originaux. Elle n'est qu'un outil que j'utilise à cette fin. Elle se détruira elle-même.
Aric s'efforçait de paraître cinglant, mais Jankin n'en parut pas le moins affecté. Il déclama d'un ton lent :
- Un outil, oui. C'est comme ça que tu le vois, nous en avons déjà souvent discuté par le passé. C'est pour rendre cet implant un peu moins extérieur à la personne que nous y avons ajouté quelque chose d'un peu plus... sensoriel, je dirais. TrendPulse fait partie de ton corps à présent, Aric. Et regarde-toi, tu es l'aboutissement d'un cycle d'évolution. L'intégration de la technologie au corps humain. Tu viens de réussir à déjouer seul mes deux gardes armés. Tu es le représentant d'un nouveau seuil de performance.
- Merci, mais je ne veux pas devenir une machine à tuer. La colère d’Aric était sur le point d'exploser. Les buts de ton invention ne sont pas si idéalistes, non?
- Je ne vois pas où tu veux en venir. C'est comme toujours, on développe des produits pour ceux qui ont de l'argent. L'usage qu'ils en font ne m'intéresse pas. Cette invention finira par tomber dans le domaine public, et tout le monde en profitera. Simple question d'évolution.
- Mais c'est fini avec ton évolution ! Et tous les innocents qui seront abattus avec cette arme, nom de dieu, t'en fais quoi? s'écria-t-il.
Jankin parut cette fois décontenancé. Sa bouche s'ouvrit légèrement, mais aucun son n'en sortit. Aric remarqua pendant ce temps combien il avait été proche de tirer. Un simple influx, et son doigt se serait refermé sur la détente. Il n'aurait même pas su si l'ordre serait venu de lui ou de TrendPulse. Il se remit à sonder son adversaire. Son souffle s'était accéléré, mais il refusait toujours de donner la moindre réponse. Pourquoi ? Il semblait perdu dans une réflexion intense.
Aric se décida à briser le silence :
- Bon, c'est assez maintenant. Donne-moi la carte d'accès pour le serveur, et que j'en finisse avec cette foutue puce.
Jankin laissa retomber ses mains sur le bureau. Il voyait très bien le canon pointé contre lui, à présent. Il se leva lentement, et ouvrit un tiroir au fond de son bureau. Il en sortit la carte magnétique tant convoitée et la posa sur le pupitre, du côté d'Aric.
- Voilà. Ça m'est égal maintenant. TrendPulse sera en d'autres mains. Elle continuera son bout de chemin.
Aric eut besoin d'un petit moment pour intégrer l'information, pendant lequel Jankin se rassit et consulta ses écrans d'un air soucieux. À quoi voulait lui faire croire cette enflure? Il avait prévu un plan de rechange, c'est ça? En tout cas, il allait le lui faire cracher. Il s'élança vers le bureau et planta le canon du fusil bien dans la tempe de Jankin. Il dit froidement :
- Tu peux répéter ce que tu as dit, là? Qu'est-ce que tu gardes en réserve?
La peur était bien dans les yeux de Jankin, à présent. Il répondit, d'un ton lent et nerveux :
- Écoute, Aric... Calme-toi. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Il déglutit. On te manipule. Quelqu'un. Je ne sais pas qui...
- Mensonges !
- S'il te plaît, garde le contrôle de toi-même. Tu n'as jamais voulu tuer personne, non?
Aric tira. Presque involontairement. Le sang se mit à couler lentement du trou béant dans la tête de Jankin. Il n'en aurait plus rien obtenu de toute façon. Il ressentit une intense sensation de soulagement s'emparer de tout son corps.
Il récupéra la carte sur le bureau et se dirigea vers la porte sécurisée au fond de la pièce. Son corps tremblait d'excitation. Il fit simplement glisser la carte magnétique dans la fente et la porte s'ouvrit dans un coulissement fluide. La pièce ne contenait qu'un gros serveur en son centre. Aric s'approcha de l'écran et s'y connecta avec son ordinateur intégré. Il ne lui restait plus qu'à lancer un petit programme, qui se chargerait de réécrire entièrement par-dessus les données contenues dans les disques durs. Il était en état d'euphorie lorsque ses doigts entrèrent les différents codes d'accès à la machine. Il avait gagné ! Voilà, plus qu'à appuyer sur la touche enter pour confirmer la suppression...
Mais sa main stoppa net. Un puissant flux de douleur la traversait. Que se passait-il ? Il réessaya d'approcher sa main dut clavier, mais du la rétracter rapidement alors que la douleur augmentait. Sa volonté se partageait.
« Laisse ces données tranquilles, arrête de les effacer », lui ordonnait TrendPulse. Et lentement, sa main se dirigeait vers la souris et fermait la fenêtre du programme de suppression. « Rah ! » s'écria Aric, « ces salauds ont hacké la puce à distance ». Il tenta, dans un accès de rage désespérée, d'arracher l'implant. Mais c'était inutile. La douleur éclata dans tout son corps, et il s'effondra.
La salle de réunion de FutureCom Technologies était maculée du sang de Kyle. Sarah n'avait pas eu le choix. Elle avait dû tirer lorsqu'il s'était interposé. Les scientifiques avaient fui après que le tir eut retenti. Seule Nora restait maintenant. Elle était assise par terre, tremblante, et répétait « pourquoi », en gémissant. Sarah maintenait la ligne de son canon sur elle.
Aric apparut dans l’ncadrement de la porte, amenant avec lui les mémoires flash contenant toutes les données relatives à la puce. Nora lui lança un regard implorant.
- Ça ne sert à rien, lui dit Sarah. TrendPulse le maintient sous contrôle total, en envoyant des faux influx de plaisir ou de douleur, selon qu'il obéit ou non. Ce n'est plus qu'un pantin, à présent.
Nora baissa la tête, désespérée.
- Viens, on sort, lui ordonna-t-elle.
Dehors, il pleuvait toujours. Aric sentait vaguement le picotement des gouttes de pluie sur sa peau. Vaguement, tout comme les mouvements que TrendPulse lui faisait faire. Seule sa pensée restait libre à présent, et encore, il avait de la peine à se concentrer sous les vagues de dopamine que lui envoyait l'implant.
John était debout devant lui, indifférent au déluge craché par le ciel. Il tenait dans sa main une vulgaire télécommande. Aric se vit lui remettre les mémoires flash, qu'il aurait tant voulu détruire. C'était trop tard maintenant. Il les donnait, incapable de résister, à ce traître qu'il avait cru être son ami, et il ne voulait pas imaginer quel usage on ferait de la puce. Dégoûté, il voulut s'élancer contre John. Il s'effondra minablement sur le sol, terrassé par des influx douloureux. Il était complètement soumis à leur bon vouloir, complètement impuissant. Et cela resterait ainsi jusqu'à ce qu'ils en décident autrement, réalisait-il avec horreur. Il entendit, les yeux perdus dans le ciel dégoulinant, Sarah faire son rapport:
- Tout s'est déroulé comme prévu à l'intérieur. À part que j'ai aussi été obligée de tirer...
- Aucune importance, on s'arrangera pour faire passer tout ça pour ce que c'est : une attaque de cyber-terroristes. Mais nous en moins dans l'affaire, lui répondit John.
22 Juillet 2025, article du Quotidien Dématérialisé, en ligne sur l'hyper-réseau :
Durant ces trois derniers mois, la société de production NanoUnite, spécialisée dans l'assemblage en série de produits de nanotechnologies, a vu son chiffre d'affaire augmenter d'un prodigieux 20%. Cela a entraîné à son tour une formidable euphorie autour de l'action de la société, qui a vu, elle, sa valeur augmenter à 1700 yuans.
Interrogés à ce sujet, les hauts-responsables de NanoUnite ont évoqué une nouvelle méthode de production, qui augmentait la précision et l’efficacité des employés, et qui avait permis une augmentation drastique de la production. Aucun autre commentaire n'a été donné.
Pour rappel, NanoUnite, basée en Corée du Nord, est le principal sous-traitant des nouveaux téléphones-bracelets de Kameon Telecom, filiale de InterTech Holdings [...]